Dropbox s’installe en France

INTERVIEW – L’entreprise américaine spécialiste de l’hébergement de fichiers en ligne s’installe à Paris. Son PDG Drew Houston revient sur sa stratégie avec le Figaro.
Valorisée à dix milliards de dollars, Dropbox revendique aujourd’hui plus de 300 millions d’utilisateurs dans le monde, chez les entreprises ou les particuliers. Le groupe américain a ouvert en avril des bureaux à Paris, afin de se rapprocher des sociétés françaises. Elle compte déjà parmi ses clientes la plateforme de covoiturage Blablacar ou le groupe média Lagardère Active.

LE FIGARO. – Vous ouvrez ce mois-ci vos bureaux à Paris. Pourquoi vous installez-vous en France?

DREW HOUSTON. – Nous avons déjà beaucoup d’utilisateurs dans ce pays, et nous voulions aller à leur rencontre. Nous estimons que plus d’un internaute français sur cinq utilise Dropbox et notre croissance annuelle dans les entreprises est de 150 %. Je suis aussi là pour prendre contact avec des start-ups françaises qui voudraient intégrer Dropbox à leur service. Je n’ai pas passé beaucoup de temps dans l’écosystème français et je veux développer nos relations avec les développeurs.

À ses débuts en 2007, Dropbox était un précurseur du cloud. Vous évoluez désormais dans un monde rompu à cette pratique. Google, Apple ou Microsoft proposent tous leur proie service d’hébergement de fichiers en ligne. Comment vous différencier?

Nous avons choisi de ne pas nous spécialiser pour toucher un large public. Plus nos utilisateurs sont nombreux, plus la pression de faire un bon produit est grande! Nous avons passé des années à nous préoccuper de petits détails pour améliorer notre service, bien avant nos concurrents. C’est vrai que nous avons désormais tous l’habitude d’héberger des contenus en ligne. Les enjeux ont changé: les services dans le cloud doivent aussi nous aider à partager et organiser facilement nos fichiers.

Votre application de photos, Carousel, fait partie de cette stratégie?

En partie, oui. Nous avons lancé Carousel l’an dernier, pour permettre à nos utilisateurs de consulter toutes leurs images directement sur leur smartphone ou leur tablette. La plupart des téléphones ne contiennent que les photos qu’ils ont prises, mais le mien a absolument toutes les photos que j’aime, jusqu’à l’époque de l’université! Notre stratégie ne se limite pas au mobile. Nous voulons créer des ponts entre tous les médias que nos clients utilisent. Cela comprend les smartphones et les tablettes, mais aussi les logiciels. Nous nous sommes associés à Microsoft pour intégrer Dropbox dans sa suite bureautique Office. Nous sommes toujours en train de préparer quelque chose de nouveau.

L’année dernière, Edward Snowden a recommandé «d’abandonner Dropbox» lors d’une interview, pour se protéger de la surveillance des gouvernements. En France, le projet de loi renseignement a provoqué des inquiétudes similaires aux acteurs du Web. Comment, dans ces conditions, avoir confiance dans le cloud?

Les conseils d’Edward Snowden étaient un peu plus détaillés: il recommandait aussi d’abandonner Google ou Facebook. Son conseil, c’était de se méfier d’Internet. Pour Dropbox, le plus important est de gagner la confiance de nos utilisateurs, en renforçant la sécurité de nos services, et la transparence des pratiques gouvernementales. Nous publions deux rapports de transparence par an, qui rendent compte des demandes d’information des gouvernements. En France, la loi Renseignement ne changera pas notre manière de fonctionner.
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