Le chocolat est un facteur de déforestation en Côte d’Ivoire

Si vous êtes un accro du chocolat, notamment en provenance de la Côte d’Ivoire, cet article va vous laisser un goût amer dans la bouche. Un récent rapport se montre très critique contre la filière du chocolat, responsable d’une déforestation massive en Côte d’Ivoire. L’industrie menace non seulement la biodiversité, mais aussi plus largement le climat.

Dorénavant, vous ne regarderez plus votre mars avec le même œil. Il est peut-être le résultat d’un trafic illégal de fèves de cacao. C’est une des conclusions du rapport publié par l’ONG américaine Mighty Earth en partenariat avec des médias comme RFI.

Ce rapport dénonce un vaste laisser-aller proche de la corruption, qui permet de nombreux trafics dévastateurs pour l’environnement en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao.

Pourtant, sur le papier, la plupart des forêts ivoiriennes sont « protégées ». Cependant, selon les enquêteurs de Mighty Earth, derrière les quelques arbres pour faire bonne figure en bordure de route, les exploitations illégales de cacao gagnent du terrain.

L’accélération de la déforestation est le résultat de plusieurs facteurs comme la réduction de la surface agricole légale qui est mise en place alors que l’on assiste à un accroissement de la demande internationale. Il faut rajouter à cela, un laxisme des autorités, frôlant la complicité.

Le rapport indique que « les forêts denses ne recouvrent plus que 4 % de la Côte d’Ivoire ». Au rythme actuel, il n’y aura plus de forêts dans le pays en 2030. Un constat terrible pour la biodiversité ivoirienne, l’une des plus riches au monde.

Au milieu de tout cela, l’attitude particulièrement ambiguë de société comme Mars, Nestlé, Hershey, qui font semblant de ne pas voir la situation, et qui se réfugient dans un système d’intermédiaires bien pratique. Un fermier cultive les fèves de manière illégale, achetées par des « pisteurs » qui les revendent à des coopératives. C’est à ses coopératives, que les chocolatiers achètent des graines de cacao, en évitant de demander d’où elles viennent.

Néanmoins, il ne s’agit pas seulement de mettre la pression sur les chocolatiers. Mighty Earth accuse surtout les autorités ivoiriennes et en particulier, la Société ivoirienne de développement des forêts (Sodefor), de ne pas réagir face à la situation. Les enquêteurs de l’ONG ont constaté que le taux de déforestation dans les parcs placés sous sa protection est très élevé.

En jeu, l’avenir économique à long terme du pays, car comme l’indique Cédric Rabany, le co-directeur de EtcTerra, »l’exploitation économique de la forêt représente la solution de facilité, mais miser uniquement sur cette manne naturelle est un mauvais calcul, car la rente forestière va s’épuiser« . Le schéma menace déjà l’avenir économique du Ghana, autre important pays producteur de cacao, et commence à faire des ravages en Indonésie.

Plus globalement, on sait depuis longtemps, que les forêts tropicales sacrifiées, contiennent d’énormes réserves de CO2. « Une barre chocolatée contenant du cacao illégal a coûté au climat le même prix en émission de CO2 que conduire une voiture sur huit kilomètres« , assurent les auteurs du rapport.

Comme souvent, si le constat est terrible, il n’est pas irréversible, car d’après Cédric Rabany « il y a cinq massifs forestiers bien identifiés qui peuvent être sauvés si l’État protège davantage ses forêts et que la filière du chocolat promeut des solutions de cultures de cacao alternatives sans déforestation« .

Le plus dur reste cependant à faire, convaincre suffisamment de monde qu’il faut renoncer à une manne d’argent immédiate pour ne pas hypothéquer le futur.

Crédit photo : abdallahh