La guerre de l’eau aux « Etats désunis d’Amériques »

Voici un scénario que hélas, l’évolution climatique de la planète pourrait amener à reproduire de plus en plus. La Cour suprême américaine, doit statuer sur une querelle entre deux États concernant leur approvisionnement en eau.

Pour comprendre le litige, il faut un minimum d’informations géographiques. Deux rivières de Géorgie, la Chattahoochee et la Flint, se rejoignent pour former la rivière Apalachicola, qui se jette ensuite dans le Golfe du Mexique. Cependant, au passage, elle traverse une bande de terre au nord-ouest de la Floride qu’on appelle la « Panhandle ». Or, la Panhandle, recèle la baie d’Apalachicola, un des estuaires les plus riches du pays.

Cette région, qui une des principales zones de production ostréicole d’Amérique du Nord, est maintenant menacée par des sécheresses à répétition, et une montée de la salinité.

Cette sécheresse, est entretenue par une consommation d’eau toujours plus grande d’Atlanta, la grande métropole de Géorgie située en amont. La Géorgie, a notamment construit plusieurs barrages, qui n’ont pas arrangé l’État situé en aval de la Floride, qui s’est retrouvée assoiffée dans sa région côtière.

La Floride, a donc fait valoir pour sauver ses huîtres et l’écosystème de la baie d’Apalachicola, la doctrine établie à la fin du XIXe siècle, qui impose un « partage équitable » des ressources hydriques en cas de litige entre États.

Cependant, tous ses efforts se sont soldés par des échecs, et des revers judiciaires depuis maintenant 20 ans, durant lesquels la situation a empiré et justifiant ainsi son surnom de Forgotten Coast (Côte oubliée).

Bizarrement, l’expert judiciaire nommé dans le dossier, a bien établi que la Floride subissait un « dommage réel et important », mais dans le même temps, il précise que l’État avait failli à démontrer dans quelles conditions une réparation pourrait s’envisager.

Pour l’instant, les avocats de la Géorgie où règne en maître Coca-Cola dans la ville d’Atlanta, ont réussi à repousser les arguments de la Floride en faisant valoir par exemple, que de l’eau économisée en Géorgie irait-elle jusqu’en Floride, et serait-elle absorbée par le sol avant ? Et une restriction plus sévère imposée à la Géorgie ne se traduirait-elle pas, par un rejet inutile de l’eau dans la mer ?

Dans ce nouveau bras de fer, les hauts magistrats sont souvent apparus perplexes. « Le bon sens est de votre côté« , a cependant estimé la juge Elena Kagan, en s’adressant au défenseur de la Floride.

En tout cas, on peut cette fois vraiment évoquer les « États désunis d’Amériques ».

Crédit photo : Carl Pearson