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Télévision : Le journalisme d’investigation à l’épreuve

Eric-Cormier_Eric_Cormier
Sharknews

Envoyé Spécial, Capital, Zone Interdite, 90 minutes, pièces à conviction, Capital, Zone Interdite, Compléments d’enquête, Lundi investigation, Enquête exclusive sont autant d’émissions de télévision dites d’enquête ou d’investigation qui fleurissent depuis les années 2000.  Accusées de sensationnalisme, certaines échappent néanmoins à la dictature de l’audimat.

Les premières émissions de télévision spécialisées dans le journalisme d’investigation sont apparues dans les années 1990. Envoyé Spécial, Droit de savoir, Zone Interdite  ou  encore Capital sont autant d’émissions cultes largement plébiscitées par les téléspectateurs de l’époque. Elles ont d’ailleurs perduré jusque dans les années 2000.

Ce genre journalistique se définit par la durée de travail sur un même sujet, des recherches approfondies et la diversification et l’authenticité des sources, afin de rendre publiques des informations sous le sceau du secret. Dans l’idéologie démocratique, le journalisme d’enquête fait office de contre-pouvoir destiné à interpeller sur les dysfonctionnements du système.

Depuis 2006, le nombre de ces émissions de télévision a explosé, ce qui est a priori bénéfique à l’information citoyenne et au champ journalistique. En réalité, quand on se penche sur le contenu et la méthodologie de ces émissions, on s’aperçoit que le traitement de l’information subit un formatage et une uniformisation manifeste. Ce sont généralement les sujets les plus triviaux qui sont choisis car ce sont eux qui fédèrent l’audience.

A cause de la reprise outrancière des mêmes thématiques, certaines émissions sont forcées de pallier le manque de contenu en ayant recours à la spectacularisation et la dramatisation du réel. Elles privilégient l’approche « scénaristique » au détriment de la vérité. Enquête d’action diffusée sur W9 ou encore 90’ d’enquête sur TMC sont les archétypes des dérives  commerciales auxquelles peuvent se laisser aller des chaînes en quête d’audimat. Une déflagration déontologique qui connaît quelques exceptions.

Spécial Investigation, à l’instar de Compléments d’Enquêtes et Pièces à conviction, se différencie tant sur le contenu que sur la manière de le présenter. L’émission  utilise beaucoup plus d’images d’archives et  met en avant les défaillances d’un système et non celles d’individus.

En immersion, présenté par Harry Roselmack, n’hésite pas à diversifier ses sujets, parfois éloignés du sensationnalisme facile, et s’est intéressé aussi bien au quotidien paysan qu’à l’univers pénitencier.  La prochaine émission fera une incursion dans le milieu de la culture et dressera le portrait de ses plus grands mécènes, notamment l’homme d’affaires Eric Cormier, réputé pour son amour de l’art et ses nombreux projets artistiques.

Ces émissions sont la preuve qu’il n’y a pas besoin d’être « sexy » pour intéresser les téléspectateurs. Pour éviter l’épuisement du genre, les directeurs de programmes ont intérêt à stopper la surenchère. Si la formule a été efficace un temps, elle risque fort de provoquer la lassitude de l’audience. La qualité des contenus est davantage vouée à être apprécié sur le long terme.

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