L’Afrique, le nouveau terrain de jeux des géants de l’alcool

En terme marketing, on appelle cela un redéploiement. Face aux législations de plus en plus draconiennes dans les pays occidentaux, les géants de l’alcool et notamment de la bière, s’intéressent au pouvoir d’achat naissant des pays africains. C’est ainsi, que les grands groupes de spiritueux, développent un maximum de publicité, pour s’implanter sur un continent où la consommation de bière ou d’alcool fort connaît la plus forte croissance. 

Ceci ne passe pas évidemment inaperçu pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui dans son rapport de 2017, pointe la menace de la hausse de la consommation à risque. “Le continent africain fait face à un risque croissant de la consommation nocive d’alcool et ses effets désastreux. Il n’y a pas d’autre produit de consommation aussi largement disponible que l’alcool qui entraîne autant de morts prématurées et de problèmes de santé. Il y a deux caractéristiques majeures qui permettent de décrire le paradoxe de la consommation d’alcool en Afrique, un haut niveau d’abstinence dans certains pays et un haut volume de consommation avec des conséquences sanitaires et sociales sévères dans d’autres pays”.

De nombreux pays d’Afrique subsaharienne échappent à la pression de la religion dans ce domaine. Du coup, ce sont, des cibles privilégiées pour Heineken, Carlsberg, AB InBev et Diageo.

Tous les moyens sont bons pour vendre dans des pays ou la corruption fait rage en profitant de la faiblesse de certains États. Les campagnes de publicité sont “brutes de tonneaux” comme on peut dire. Dans Heineken en Afrique, Olivier Van Beemen raconte par exemple qu’en 2006 au Nigeria, une filiale du brasseur de bière industrielle, a fait appel à 2 500 prostituées pour convaincre des clients de boîtes de nuit ou de bars de consommer leur marque de bière, en leur faisant croire que celle-ci augmenterait leur attrait sexuel.

Que dire de l’affichage sauvage dans les grandes villes à l’effigie de marques de bières, qui se succèdent et vendent les boissons à l’occasion de compétitions de football ou de concerts qu’elles sponsorisent. Alain Tahi, président de la Fédération des associations des consommateurs actifs de Côte d’Ivoire, regrette “la publicité se multiplie dans les rues et il n’y a aucune indication sur le fait que l’alcool est interdit aux mineurs”. Mieux encore “en Côte d’Ivoire, la publicité vante les bienfaits de l’alcool pour la santé. Il y a même un “meilleur consommateur du mois” présenté dans les publicités. C’est complètement aberrant”.

A cela, il faut rajouter les festivals de bière, sponsorisés et organisés par des marques, qui se multiplient et vendent leurs produits à prix réduit. Au Nigeria, les fans de foot ne parlent pas de l’UEFA Champions League, mais de la Heineken Champions League.

Alain Tahi, s’alarme “rendez-vous compte aujourd’hui, un spot pour vendre une marque de bière affirme, celui qui ne boit pas de bière n’est pas homme. C’est catastrophique comme discours”.

L’universitaire sud-africain Charles Parry, évoque “le prochain rapport de l’OMS sur l’alcool et la santé en Afrique devrait bientôt être publié, et c’est très probable que les données confirment le haut niveau de corrélation entre consommation d’alcool et transmission de maladies sexuellement transmissibles comme le VIH”.

Cependant, il en faudra certainement beaucoup plus pour contrer la puissance financière des grandes firmes d’alcools.

Crédit photo : Ameyaw Debrah