La répression et la censure continuent au Nicaragua

Si en France, on associe souvent les médias classiques avec le pouvoir, et si nombreux sont ceux, qui hurlent au complot et à la collusion  pour les censurés, les choses sont visiblement plus simples au Nicaragua. La répression du gouvernement nicaraguayen de Daniel Ortega, face aux médias est claire et plus traditionnelle. Les journalistes, qui ne plaisent pas, on les arrête et on les place en préventive et on les accuse, c’est tout.

C’est dans cette “tradition” qu’a eue lieu l’interpellation de deux journalistes d’une chaîne de télévision d’opposition et pas n’importe lesquels. Miguel Mora, est propriétaire de la chaîne 100 % Noticias, quant à Lucia Pineda, c’est la directrice de la rédaction. Ils sont accusés tous les deux de “provocation, incitation et conspiration à commettre des actes terroristes”, ainsi que d’incitation à la haine envers l’institution de l’ordre public, la police nationale”.

Du coup, les autorités ont fait dans la démonstration de force, et Miguel Mora a été conduit en prison, menotté dans le dos et vêtu d’un uniforme bleu de prisonnier, encadré par des policiers cagoulés et armés de fusils.

Sergio Marín, responsable du Comité des journalistes et des communicants indépendants, a dénoncé une accusation “totalement absurde“. Il s’agit clairement, de faire un exemple pour les journalistes qui critique. La chaîne du câble, a été l’un des médias en pointe dans la couverture de la crise que traverse le Nicaragua depuis le début des manifestations antigouvernementales le 18 avril.

Ces arrestations, font suite à de nombreux actes d’intimidation. Cela, concerne par exemple, la mise à sac des locaux du site d’informations, comme Internet Confidencial, dirigé par le journaliste Carlos Fernando Chamorro, un critique virulent du pouvoir. C’est aussi, l’arrêt de l’activité du journal La Prensa, en l’empêchant d’acheter papier et encre, ainsi que des pièces détachées pour la maintenance de ses rotatives.

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), basé à New-York, a demandé aux autorités la libération “immédiate” des journalistes de 100 % Noticias et la fin “de cette campagne désespérée pour réduire au silence des voix importantes“.

C’est un nouvel épisode de la pression sur les médias indépendants et les organisations de la société civile, que le président Daniel Ortega impose à son pays. Il ne veut pas voir et admettre les manifestations massives réclamant son départ, il refuse de démissionner ou d’avancer les élections. Cette attitude renforce les accusations par ses opposants, d’avoir mis en place avec son épouse Rosario Murillo un régime népotiste, s’appuyant sur une forte corruption.

Depuis huit mois, les troubles au Nicaragua, ont fait plus de 320 morts, tandis que plus de 600 manifestants ont été jetés en prison, dont plus de la moitié, a déjà été condamnée à de lourdes peines pour “terrorisme”.

Crédit photo : elijah-o-donnell