En Algérie, le FLN, ne soutient plus le président Bouteflika

On peut tourner les choses dans tous les sens et appelez cela comme on veut, il s’agit clairement d’une volte-face de la part du Front de libération nationale (FLN). Celui-ci, vient de faire savoir, qu’il soutenait le mouvement populaire actuel. Pourtant, ce même FLN était le premier à pousser le président Bouteflika à briguer un 5e mandat et l’avait même désigné comme son candidat au scrutin.

De nombreux observateurs y voient un signe de changement à un tel point en Algérie, que Mouad Bouchareb, coordinateur de l’instance dirigeante du FLN, a déclaré “les militants du FLN soutiennent pleinement le mouvement populaire, le peuple a demandé, à travers des marches gigantesques, le changement“. Il faut vraiment, que la situation soit à un point détériorée, qu’elle oblige ce qui fut longtemps le Parti unique du pays, qu’il dirige depuis 1962, à se dissocier de la politique de l’exécutif.

Il faut maintenant pour sauver sa peau, et regagner en popularité, que le Parti affiche de la distance avec le gouvernement en place. Il essaye de se positionner, comme une sorte d’interlocuteur et d’animateur d’un nouveau dialogue, pour une nouvelle Algérie.

Ce sera tout de même difficile de faire oublier qu’il y a quelques mois encore, le FLN était le premier à accuser les manifestants et les opposants de semer la discorde dans le pays. En fait, ce revirement du Parti, et surtout de ses cadres ressemble plus à un “sauve-qui-peut”. De nombreux dignitaires n’y croient plus et sentent le vent tourner. Il s’agit pour eux de reprendre la main, ou de s’en sortir au milieu d’un éventuel effondrement du système et d’un changement radical.

Il reste que ce n’est pas vraiment une première en Algérie. Déjà, en 1988 des manifestations énormes avaient engendré une répression terrible, mais avaient abouti à la fin du système de Parti unique. L’Algérie, dirigée par l’omnipotent FLN depuis 26 ans, s’ouvre à un multipartisme, qui va essentiellement profiter au FIS, Front islamique du Salut, qui remportera le premier tour des élections législatives, avant d’être dissous.

Le FLN en profitera pour reprendre la main en se déclarant le rempart contre la montée de l’islamisme radical, cependant les maux sont restés en suspens. Corruption, une économie trop centralisée, trop rigide, et surtout entre les mains d’une nomenklatura dépassée, soucieuse de ses intérêts immédiats et pas, de ceux du pays à long terme.

Aujourd’hui, c’est aussi cela que le FLN représente aux yeux des manifestants algériens qui vont certainement refuser que l’histoire se répète.

Crédit photo : walid amghar