Daesh : un éventuel procès façon “Nuremberg” pour juger les responsables

Depuis la chute de l’Etat islamique, un avocat britannique Karim Khan, a été chargé de mener une enquête sur les agissements et la manière dont le califat a fonctionné. Cette enquête, est aussi l’occasion pour lui et son équipe de 80 personnes, de recueillir les preuves et les témoignages des horreurs qui se sont déroulées. Cette quête l’Etat auto-proclamé et autoritaire qui s’est étendu en Irak et en Syrie de l’été 2014 au printemps 2019.

Pour Karim Khan et son équipe, la mission est énorme. Enquêter sur l’EI, c’est par exemple analyser jusqu’à 12 000 corps répartis dans plus de 200 charniers. Il s’agit aussi de passer au crible 15 000 pages de documents de la bureaucratie de l’EI, pour mieux comprendre son fonctionnement et les responsabilités de chacun. A cela, il faut rajouter 600 000 vidéos de crimes, car les responsables du Califat aimaient filmer les exécutions. A ce sujet, pas de limite pour L’EI, qui n’hésitait pas à décapiter, crucifier, brûler ou utiliser des esclaves sexuels entre autres.

Tout ceci doit être regroupé, analysé et mis en perspective pour bien faire comprendre à tout le monde la perversité de ce système qui n’a d’islamique que le nom. Pour cela, Karim Khan évoque l’éventualité d’un immense procès, façon Nuremberg, qui a jugé les criminels de guerre nazis. Certes, le procès ne fut pas parfait comme tous les procès. Cependant, il a eu le mérite de démontrer l’absurdité du régime nazi et l’énormité du système mis en place. Il a abouti, à la condamnation de l’idéologie et du système dans son entier. Il a aussi permis de déterminer les responsabilités de certains dignitaires et mis en évidence les ramifications dans toute la société.

Un énorme procès, c’est aussi la possibilité de rassembler les preuves et de mieux comprendre. C’est également aller plus loin dans la recherche des coupables et faire connaître à tous les crimes potentiels. Aujourd’hui, chaque jour ou presque, des Irakiens sont condamnés, souvent à mort avec un procès bâclé. Le procès ne cherche pas a en savoir un peu plus et le chef d’accusation est uniquement, celui d’appartenance à l’EI.

Il faut bien comprendre, qu’il ne s’agit plus de juger une bande de rebelles marginaux. Le Califat contrôlait la vie de sept millions de personnes avec ses administrations, ses écoles, une vie soumise a des règles strictes et une parodie de justice ou les châtiments sont d’un autre temps. Les membres de minorités considérées comme “hérétiques ou satanistes” ont été tués par milliers, torturés ou réduits en esclavage, et des enfants transformés en soldats. Tout ceci a été justifié par l’EI et son idéologie, qui doit être démystifiée publiquement.

Il s’agit aussi pour cette équipe de monter ses dossiers a vocation internationale. Ceux-ci pourraient permettre à des Etats possédant une compétence universelle, comme l’Allemagne, de se saisir de crimes, quel que soit le lieu où ils ont été commis et la nationalité des auteurs et victimes.

Crédit photo : levi clancy