Les effets pervers du fameux secret bancaire suisse

La Suisse et son fameux secteur bancaire, c’est une constante reconnue à l’international. Cependant, la banque et ses pratiques, c’est aussi un concept national qui peut s’apprendre très tôt dans la vie d’un Suisse. Un enfant de 12 ans peut ouvrir un compte sans que les parents soient au courant de sa démarche. Cette pratique n’est pas sans conséquence, comme le prouve ce qui est arrivé à ce père.

L’histoire commence de manière classique. Un adolescent de 15 ans, est attiré par la publicité d’une banque. Elle offre 50 francs en guise de cadeau de bienvenue lors de l’ouverture d’un compte bancaire standard. Le jeune homme télécharge l’application sur son smartphone et demande l’ouverture du compte. Sans problème, il obtient une carte de débit Maestro, ainsi que le code PIN dans un courrier séparé.

Comme tout bon parent, lorsque son père s’en aperçoit, il prend les précautions auxquelles son fils n’a pas pensé et surtout pour lesquelles la banque s’est bien dispensée de préciser. Ce monsieur, qui travaille lui-même dans le secteur bancaire, constate dans le courrier deux points. D’une part, il est précisé que le contrat est validé dès la première utilisation, ou si la carte n’est pas renvoyée dans les trente jours. D’autre part, pas de précisions sur d’éventuels frais de tenue de comptes, ni sur la gratuité de la carte.

Cela suffit pour appeler la Banque et en savoir un peu plus, et c’est là que l’histoire devient savoureuse. En effet, le père s’entend répondre qu’il ne peut obtenir aucune information “à cause du secret bancaire”. La banque réclame une procuration de son fils pour répondre à ses questions. C’est en effet, pousser un peu loin le concept du secret bancaire qui a fait la renommée des banques suisses.

Ceci dit, cela met les projecteurs sur des pratiques visant à utiliser le fait que les mineurs peuvent très tôt ouvrir des comptes à l’insu de leurs représentants légaux. Cela en fait, des cibles marketings faciles à attirer avec des produits spécialement étudiés pour eux. Toutes ses propositions mettent en avant l’apprentissage du maniement des comptes par les enfants, comme argument d’ouverture.

De nombreuses banques suisses considèrent qu’un mineur de 12 ans “comme pleinement responsable de la gestion de ses avoirs, sans en référer à ses parents”. D’ailleurs, la Fédération romande des consommateurs (FRC), a déjà planché sur la question et sa conclusion est, “en Suisse, un mineur peut détenir et gérer un compte bancaire ou postal à l’insu de ses représentants légaux“. L’organisme admet tout de même, que les détenteurs de l’autorité parentale, ont tout à fait le droit de s’opposer et de demander à l’établissement de procéder à la fermeture du compte.

Rappelons qu’en France, l’ouverture d’un compte pour un mineur sera effectuée par ses parents ou son tuteur légal. Ces derniers auront l’administration, la jouissance et la responsabilité intégrale et exclusive des fonds et des mouvements sur les comptes. A partir de 16 ans, un mineur peut avoir une carte bancaire et un chéquier. Il pourra utiliser librement les sommes présentes sur le compte.

Crédit photo : martaposemuckel