En Argentine, le péronisme est le vrai vainqueur des dernières élections

Paradoxalement, les observateurs de la vie politique en Argentine, mettent le péronisme à nouveau sur le devant de la scène politique, alors qu’il n’a jamais cessé d’être présent en toile de fond. 45 ans après sa mort, l’héritage du mythique président et de sa femme, reste incontournable dans la politique argentine. Trois candidats se revendiquant du péronisme se présentent dans trois camps différents.

L’image de celui qui fut Président de l’Argentine à trois reprises de 1946-52, de 1952-55 et de 1973-74, domine ou hante selon ses partisans ou ses détracteurs, toujours la vie politique du pays. Politique, mais aussi romance avec sa rencontre avec Évita, ont mis en place un mythe qui dépasse les analyses de politique pure.

Difficile donc de passer outre, ses détracteurs ont beau démontrer tous les méfaits à long terme de sa politique, ce populisme a réussi à garder le soutien dans des milieux clé comme les ouvriers, la bourgeoisie industrielle ou l’armée. Pour cela, il a défendu 3 principes mobilisateurs, à savoir la souveraineté politique, l’indépendance économique et la justice sociale.

Ensuite, il y a la personnalité d’Evita, qui a rencontré Juan Domingo Peron en 1944. Cette actrice célèbre des feuilletons radio, va avoir un destin tragique à 33 ans, qui fige certaines personnes dans une aura définitive. Elle gardera à jamais une image de femme œuvrant pour l’obtention du droit de vote des femmes et pour le bien-être social du plus grand nombre.

Pas étonnant, que tout naturellement, dans des périodes de crise, les regards nostalgiques se tournent vers les héritiers du mouvement Peroniste. Seulement, le Péronisme, c’est avant tout Peron. Il pouvait “virer de gauche à droite sans perdre de vue son objectif politique qui était d’atteindre, retenir ou récupérer le pouvoir“, explique l’analyste politique Rosendo Fraga. Celui-ci continue son analyse ainsi. La persistance du mouvement à travers le temps “réside dans sa capacité à comprendre, digérer et représenter la complexité, l’ambiguïté et la contradiction de la société argentine”.

C’est ce qui arrive actuellement, avec la polarisation du pays autour de deux personnages qui ont chacun leur talon d’Achille. Le président sortant, le libéral Mauricio Macri, est aux prises avec une crise économique qui nuit à ses résultats. Quant à l’ex-présidente Cristina Kirchner, elle est à la fois adorée et détestée en Argentine, où elle est inculpée dans plusieurs affaires de corruption.

Il leur faut la caution péroniste, c’est pour cela que Kirchner s’est mis en retrait, laissant le rôle principal à Alberto Fernandez, un péroniste de gauche modéré, plus rassembleur. Du coup, Macri a fait appel au sénateur péroniste Miguel Angel Pichetto, comme colistier.

Le résultat de dimanche, a mis Fernandez-Kirchner loin devant avec 47 %, Macri-Pichetto est second avec 32 %. En 3e position un autre duo péroniste composé de Roberto Lavagna et Juan Urtubey avec 8 %.

Un vainqueur, du moins son influence et son esprit, le Peronisme. Il a survécu à la mort de son fondateur, au temps, à des dictatures, à des défaites électorales. Il n’a pas non plus implosé, il reste un mouvement, où se côtoient des courants opposés, comme ceux de l’extrême gauche et l’extrême droite.

Il reste, ce qu’il a été avant tout, et l’historien Contreras le résume ainsi, “le péronisme est une opportunité politique, c’est le mouvement qui a le plus de poids politique, qui peut permettre d’accéder aux responsabilités, de favoriser ses propres intérêts”.

Crédit photo : Valérie 92700