Maroc : la campagne de boycott de 2018 pas si spontanée que cela

Ce n’est plus nécessaire de démontrer le pouvoir des réseaux sociaux pour influencer des décisions. Au niveau politique, la liste des actions téléguidées par différentes officines pour influencer des élections par exemple, grandit inexorablement. Cependant, si l’on pensait que ces pratiques étaient encore l’apanage des pays les plus industrialisés, une enquête démontre l’utilisation des réseaux sociaux, pour le boycott de grandes marques marocaines par les islamistes.

C’est notamment un article du Point, mais aussi de La Tribune qui révèle les grandes lignes d’une enquête jusque-là confidentielle d’un think tank français baptisé “l’École de Pensée sur la Guerre Economique” (EPGE). Celui-ci, révèle que le boycott lancé en avril 2018 à l’encontre de trois grandes enseignes marocaines n’était pas aussi spontané que l’on pourrait croire. Le but secret de ce mouvement, inspiré par des groupes islamistes, avait pour objectif de déstabiliser le système politique marocain.

Pour bien comprendre, il faut se rappeler qu’à partir d’avril 2019, un élan de protestation contre la vie chère, appelle au boycott des produits de trois sociétés. Il s’agit de deux groupes marocains, les eaux minérales Sidi Ali et le réseau de stations essence Afriquia Gaz. Quant à la troisième cible, elle n’est autre que la filiale marocaine du Groupe Danone. Les publications accusaient ses sociétés de faire indûment monter les prix. Puis le mouvement de consommateurs mécontents prend rapidement un tour plus politique. Il se concentre et se réduit à de violentes attaques contre le président du RNI, ainsi que les autres Partis de la coalition gouvernementale comme le Parti de la Justice et du Développement (PJD).

C’est justement ce virage politique, qui a intéressé l’EPGE. Son enquête retrouve les sources de ce mouvement. Dans un premier temps, elle identifie des sites à l’origine des pages anonymes, et des blogueurs producteurs d’articles. Elle trouve aussi des “hackers”, moins littéraires et écrivains, mais qui par contre, savent multiplier les vues et les messages automatiques par différentes techniques et la mise en place de dispositifs adaptés.

Certaines activités de la campagne sont louches, comme par exemple, 37 000 “likes” en moins d’une heure dans la nuit du 21 avril 2018. Cela sous-entend des achats de milliers de “followers” ou de “likes”, donc des financements conséquents se chiffrant à plusieurs centaines de milliers d’euros.

A partir de là, étage par étage, on voit apparaître dans cette enquête, des collectes de charité réalisées sur des réseaux sociaux comme Faysbouki TV, détenue par le Berbère Imnir Amine. Celui-ci, est un soutien déclaré des Frères musulmans, il proclame son admiration pour le président pro-islamiste Turc Recep Tayyip Erdogan. On retrouve aussi le mouvement islamiste radical Al Adl Wal Ihsan “justice et bienfaisance” qui prône l’avènement du Califat au Maghreb. Il veut “délivrer de l’impiété la nation musulmane”.

Cette enquête de l’EGPE, démontre que si l’idéologie de l’islamisme radical est d’un autre temps, les moyens pour l’imposer sont par contre complètement actuels. Elle démontre surtout une sorte de “démocratisation” des moyens de déclencher une guerre digitale d’envergure susceptible, à tout moment, de déstabiliser un pays comme le Maroc. La guerre digitale et les “fakes news” ne sont plus l’apanage des grands pays occidentaux.

Crédit photo : doran erickson