Le Beaujolais, ce vin français qui doit tant aux Bulgares

 

03/10/2019 : Suite à la publication de cet article, nous avons reçu de l’Inter Beaujolais (Interprofession des Vins du Beaujolais) des précisions que nous vous communiquons à la fin de cet article

Lorsque l’on évoque le terroir français et ses traditions, il revient presque automatiquement, le fameux beaujolais nouveau. Une tradition française, parfaitement exportée à l’étranger. La sortie du fameux vin, donne lieu depuis des années à un formidable coup de projecteur international sur ces vignobles et leur production. Justement, celle-ci devient par certains côtés une spécialité bulgare.

Cet aspect ne va pas donner une bonne image dans cette période de vendange. En effet, si la Bulgarie apparaît dans le cadre de la production de ce vin “so french”, c’est dans le cadre d’une vaste enquête policière portant sur le travail illégal des saisonniers. Quatre hommes ont été interpellés. Ils sont suspectés d’avoir organisé un trafic d’êtres humains entre la France et la Bulgarie.

Cette enquête vient de donner lieu à des perquisitions chez plusieurs vignerons. Parmi eux, on retrouve le président de l’Inter Beaujolais. Tout ceci met un coup de projecteur sur l’envers du décor. Les vendanges, ce n’est pas toujours une grande partie de rigolade où les ouvriers devenus presque des amis viennent partager un moment de culture française à travers cette récolte du vin.

Dans le beaujolais, c’est avant tout des saisonniers bulgares, qui sont recrutés dans leur pays d’origine à Choumen à 70 km des côtes de la mer Noire. Ils viennent jusque dans la région lyonnaise en autocar, pour visiblement être nourris, logés et payés de manière parfois très précaire.

L’enquête ne fait que débuter, mais elle révèle déjà, que 167 Bulgares auraient été abusés financièrement. Il est aussi question de conditions d’hébergement indignes durant les vendanges. Au cœur de cette affaire, on retrouve une agence d’intérim, qui a centralisé le recrutement. Le président de l’Inter Beaujolais explique, “Au début nous avons commencé à rémunérer nous-mêmes ces Bulgares. Au bout de deux ou trois ans, ces Bulgares nous on dit : on va créer notre société de services, ainsi vous n’aurez qu’une facture. On a dit : pourquoi pas ? De toute façon, on n’avait pas le choix”.

Evidemment, tout le monde dans cette histoire va expliquer ne pas connaître les conditions exactes. Une chose est sûre, personne n’a cherché à en savoir plus, que le chiffre en bas de la facture.

Pourtant, un autre chiffre doit être retenu, lorsque l’on soulèvera un verre de ce “trésor national”, dans un moment de chauvinisme exacerbé et rassurant. Cette enquête a fait déclarer à Dominique Piron, président de l’Inter Beaujolais “il y a beaucoup d’autres entreprises bulgares qui sont là. Il y a, à peu près 20 000 vendangeurs dans le Beaujolais cette année. Et peut-être 10 000 Bulgares, c’est énorme”.

Ima si !

Crédit photo : Bar à vin patient

Droit de réponse

Le vignoble du Beaujolais, accueille sur ses terres, outre les Beaujolais Nouveaux, 12 appellations du Beaujolais, dont 10 crus et les appellations Beaujolais et Beaujolais-Villages (le Nouveau n’étant pas une appellation mais faisant partie des deux dernières).
C’est la seule région avec la Champagne où la main d’œuvre est encore généralisée et les vignerons peinent à trouver chaque année des vendangeurs. Ils se tournent donc vers des travailleurs étrangers. Les vignerons du Beaujolais s’acquittent des salaires auprès des prestataires étrangers comme ils pourraient le faire pour une agence d’Interim française. De nombreux travailleurs reviennent depuis plusieurs années, et n’ont jamais fait état de problèmes qui auraient pu alerter les vignerons.

Au nom des 2 000 femmes et hommes vigneron(ne)s qui travaillent et élaborent de grands vins issus du territoire du Beaujolais, ces précisions sont nécessaires.

Inter Beaujolais, l’Interprofession des Vins du Beaujolais.