Procès historique contre ExxonMobil aux États-Unis

La question posée par le procès qui oppose le géant pétrolier ExxonMobil au procureur de New-York, en dit long sur les conséquences que pourrait avoir son dénouement. Il s’agit de déterminer si la compagnie a trompé ses actionnaires sur les risques liés au changement climatique. On imagine facilement l’impact futur, que cela représente pour l’industrie pétrolière d’un côté, et les militants de l’environnement de l’autre.

De fait, très rapidement, ce procès a été classé historique. C’est le résultat de quatre ans d’enquête du procureur. Au milieu de cette immense bataille, on va retrouver Rex Tillerson, un républicain, président de la société pétrolière ExxonMobil de 2006 à 2016, mais aussi secrétaire d’État des États-Unis de 2017 à 2018, durant la présidence de Donald Trump.

Voilà pour le contexte, concrètement le représentant du procureur, Kevin Wallace, a accusé Exxon d’avoir fait une présentation trompeuse à ses actionnaires. Elle a exagéré sa prise en compte d’un durcissement des législations de nombreux pays, pour limiter les émissions de gaz à effet de serre. “Les investisseurs s’inquiétaient de l’impact du changement climatique, et demandaient des informations” a résumé M. Wallace. Il poursuit, “et Exxon leur a fourni beaucoup d’explications, mais elles n’étaient ni vraies ni précises. Les investisseurs ont maintenant droit à la vérité et à compensation”.

Bien sûr, Exxon nie tout fondement à cette théorie. S’il y a bien eu 2 systèmes d’évaluation de l’entreprise qui comportaient deux méthodes de mesure du risque climatique, cela ne visait aucunement à tromper les investisseurs, mais correspondait à des types de prévisions différents.

Comme souvent, les enjeux dépassent le simple cadre du procès. Derrière les décisions qui seront prises, il est évident que les débats auront un impact sur l’approche et le traitement du réchauffement climatique par les grandes entreprises énergétiques. Ce procès pourrait aussi confirmer les dires des militants de l’environnement, qui font campagne depuis 2015 contre l’entreprise. Ils affirment, qu’Exxon a délibérément dissimulé l’impact négatif de ses activités sur l’environnement.

Hana Vizcarra, experte en droit environnemental à l’université d’Harvard, explique “investisseurs et actionnaires veulent plus d’informations sur le climat et comment il affecte les sociétés“. Elle rajoute, “la quasi-totalité des entreprises pétrolières et gazières, produisent désormais des rapports liés au climat. La question est de savoir, quelles informations doivent figurer dans ces rapports“.

Ensuite, on ne peut pas faire l’impasse sur le témoin vedette de ce procès prévu pour durer trois semaines. Il s’agit de Rex Tillerson, qui présida Exxon de 2006 jusqu’à ce qu’il devienne secrétaire d’Etat de Donald Trump en janvier 2017. Il a été limogé fin mars 2018. Une occasion supplémentaire pour discréditer à travers lui, le président américain et ses prises de positions sceptiques envers le réchauffement climatique.

Crédit photo : Martin Jolicoeur