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Toulouse et l’aéronautique : le danger de la monoculture économique

Il faut bien avouer qu’à première vue, dire que Toulouse est la capitale mondiale de l’aéronautique, “ça en jette !“. Cependant, par les temps qui courent, c’est moins reluisant. En effet, l’industrie aéronautique est l’une des plus touchées par la crise de Covid-19, et donc Toulouse en subit les conséquences. L’impact de l’industrie aéronautique se retrouve à tous les étages de l’économie toulousaine. Ce sont, des dizaines de milliers d’emplois qui dépendent totalement de ce secteur. Or, Airbus est prêt à réduire d’un tiers ses cadences de production.

Un sacré revers, quand on pense que ces dernières années, il était plutôt question d’augmenter les cadences pour faire face à un carnet de commandes richement rempli. Airbus, envisage un ralentissement de sa production de 33 % environ. Les nouvelles cadences seront révisées tous les mois. il est évident, que certains acteurs de sous-traitants pourraient disparaître face à la chute du trafic aérien mondial.

Le destin lié d’Airbus et de la région toulousaine

Sans aller jusque-là, on retrouve parmi les sous-traitants, les acteurs majeurs de la filière, ou ceux qualifiés de sous-traitants aéronautiques directs de rangs 1 et 2. Ceux-ci, devraient s’en sortir, mais en y laissant des plumes. Plus inquiétant, le sort des petites et moyennes entreprises de la filière aéronautique, qui sont majoritaires dans le secteur. D’après une enquête du pôle de compétitivité de l’aéronautique et du spatial, l’Aerospace Valley, à laquelle ont participé 500 PME, la situation est plus que préoccupante.

C’est hélas, une occasion difficile, mais concrète d’évoquer ce que de nombreux politiques locaux jugent indispensable. A savoir, faire émerger de nouvelles filières dans l’espoir de mettre fin à cette monoculture économique. Il ne s’agit plus simplement de faire des bénéfices, mais de réinvestir pour que la manne financière actuelle permette justement de se doter de moyens pour s’en passer plus tard. Les projecteurs se braquent alors aussitôt, sur des filières émergentes, comme l’intelligence artificielle ou les véhicules autonomes.

La diversification s’impose de fait.

Pour cela, il convient de ne pas simplement réfléchir à court terme, même si cela est parfois difficile. La filière ne va pas perdre tout son poids économique en quelques mois. Cependant, des pôles d’activités comme Aerospace Valley, compte pleinement se mobiliser pour asseoir son positionnement. Dans un premier temps, le pôle de compétitivité vient de lancer une sorte de plateforme, a l’attention de ses 850 membres pour des échanges de compétences ou du prêt de matériel et de salariés, leurs compétences. L’Aerospace Valley, réfléchit d’ailleurs à ouvrir sa plateforme à d’autres pôles, qui opèrent dans la santé ou encore l’agriculture/agroalimentaire.

Ensuite, le pôle pense également à moyen terme avec trois axes de relance. L’innovation pour aller vers un transport aérien décarboné, la consolidation et enfin, la diversification. Pour cette dernière, elle s’impose, car actuellement, 75 % des entreprises membres du pôle font la totalité de leur chiffre d’affaires grâce à l’aéronautique. Pour les autres, elles sont moins touchées par cette crise, et certaines ont même une surcharge d’activité.

Cet épisode, est une démonstration que la diversification est un enjeu primordial, et certains n’ont pas attendu la crise pour enclencher le processus. Un dirigeant d’un sous-traitant aéronautique de premier ordre explique, “il faudra des années voire des décennies pour que ces filières émergentes prennent le relais et puissent créer des emplois en masse“.

En attendant, la reprise d’activité dépendra en grande partie des compagnies aériennes en grande difficulté, comme les constructeurs et leurs sous-traitants. Airbus s’attend à recevoir aucune commande de leur part, pour le reste de l’année 2020.

Crédit photo : Airbus Group

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La Rédaction

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