L'Echo

Inflation au Venezuela : le pays va enlever six zéros au bolivar

Lorsque l’on évoque “la crise économique ” en France, le mot qui fait peur, c’est inflation. Ce concept est parfois un peu flou, mais on pense immédiatement et à juste titre à chômage et montée des prix. Cependant, si la pauvreté guette bien trop d’entre nous, que dire de ce qui arrive actuellement au Venezuela. Dans ce pays, l’inflation prend un contour bien moins flou pour tout le monde. La situation est tellement difficile et compliquée que le gouvernement veut sérieusement réévaluer sa monnaie, le Bolivar. Attention, pas une petite variation en fonction des données actuelles, non, dès octobre, il va enlever six zéros.

Pas inflation, mais hyperinflation

Ce n’est hélas pas une première pour ce pays en plein marasme économique. Déjà en août 2019, le Venezuela avait déjà enlevé cinq zéros au bolivar. On a un peu de mal à suivre et dans ce contexte d’hyperinflation. D’ailleurs, concrètement,  dans la vie courante, l’économie s’est presque totalement dollarisée. Les chiffres sont difficiles à imaginer, en effet, la plupart des transactions se font en dollars, car l’inflation a été de plus de 250 % entre janvier et mai. Cela dure maintenant depuis des années, car par exemple, l’hyperinflation a atteint 400 000 % en 2018.

Comment en est-on arrivé là ?

Plusieurs facteurs entrent en jeu. Évidemment, le gouvernement met en avant régulièrement les sanctions internationales imposées depuis 2019, notamment par les États-Unis. Il s’agit de manœuvres pour tenter d’évincer du pouvoir le président Nicolas Maduro. Cependant, la crise est plus profonde, car elle dure depuis plus de huit ans. Actuellement, 65 % des ménages vivent dans la pauvreté. Ensuite, ce pays gros exportateur de pétrole soufre de la réduction du marché mondial et de sa baisse globale. Le Venezuela, qui a produit jusqu’à 3,3 millions de barils par jour, en est aujourd’hui à un peu plus de 500 000. De fait, le carburant, qui est fortement subventionné coûte moins de 2 centimes d’euros le litre.

Mais cela ne suffit évidemment pas à faire vivre tout le monde. Malgré les exportations d’or noir, les comptes de l’État accusent un déficit important. Le gouvernement ne peut faire face et assurer les achats de premières nécessités pour assurer le quotidien des ménages. En mars 2021, la Banque centrale du Venezuela a commencé à émettre des billets d’un million de bolivars, permettant d’acheter un kilogramme de tomates, une bouteille de soda de 250 ml ou un savon de mauvaise qualité. Tout ceci valant chacun un million de bolivars à ce moment-là, du fait de l’inflation. La aussi, le gouvernement se dédouane en partie en expliquant que cette pénurie est due à un rachat de ces denrées par des multinationales, qui en profitent. Pour faire face, État doit pratiquer le rationnement. Tout cela a engendré un important marché noir au sein du pays et avec les pays voisins comme la Colombie.

Une monnaie qui ne vaut pratiquement plus rien

An bout du compte, la banque centrale du Venezuela publie en mai 2019, pour la première fois depuis trois ans, des données qui confirment l’effondrement de l’économie. Le pays s’enlise dans les marécages inflationnistes. Caracas va imprimer de nouveaux billets pour accompagner la mesure, alors que ceux-ci ont presque disparu de la circulation dans le pays. La plupart des échanges qui ne se font pas en dollars se font de manière digitale, a savoir les paiements par carte, virement ou transfert.

Crédit photo : Ronal Labrador

 

 

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La Rédaction