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Pour le vin français, le changement climatique, c’est maintenant

Le changement climatique, on en parle, on en discute. Il y a urgence, pour certain, pendant que d’autres ne veulent pas y croire. Ensuite, il y a ceux qui en minimisent la portée. Évidemment, pour la majorité d’entre nous, les conséquences sont encore souvent un peu anecdotiques. Par contre, pour les viticulteurs français, mieux vaut prévenir que guérir. C’est pour cela qu’ils réfléchissent depuis quelque temps a la manière de s’adapter a de nouvelles conditions. Il est maintenant temps d’adapter les vignes et les pratiques à la nouvelle donne.

Un secteur important pour l’agriculture et l’image du pays

Il n’est pas question de jouer l’autruche face aux divers signes indéniables du réchauffement climatique. L’affaire est grave, car il ne faut pas oublier que ce sont des enjeux économiques importants pour notre pays. Avec 46,6 millions d’hectolitres en 2020 produit, La France est le deuxième producteur de vin au monde juste derrière l’Italie. De plus, en valeur, il est le premier exportateur avec 8,7 milliards d’euros de ventes en 2020.

Des signes qui ne trompent pas

Déjà, de nombreux exploitants subissent de plein fouet ces variations. Les analyses font état d’une avancée de la date des vendanges d’un mois en 50 ans. Ceci peut apparaître un peu anecdotique, mais cela sous-entend une tendance au bourgeonnement précoce de la vigne. De fait, elle subit différentes attaques qui empêchent son bon rendement. Par exemple, la vigne est plus souvent confrontés a de terribles gels tardifs ou a des chaleurs estivales intenses. Cela va même jusqu’à des épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents.

La qualité en danger

Pour la France, c’est d’autant plus sensible que notre pays produit beaucoup de vins de très hautes qualités et donc plus sensibles aux variations. Le réchauffement climatique donne des vins plus lourds, plus riches en alcool et moins subtils. Face à cela, Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA, explique “, c’est maintenant qu’il faut vraiment apporter des orientations nouvelles dans les pratiques agricoles et viticoles”.

Faire face et innover

Des solutions existent, elles sont à l’étude pour certaines. Au centre de ces recherches, on retrouve l’institut de recherche Inrae. Celui-ci pilote depuis près de dix ans (2012-2021) un programme baptisé “Laccave“. Il concerne l’adaptation du vignoble au climat de demain. Quatre scénarios possibles ont été soumis aux professionnels. On peut, ne pas faire grand-chose, innover pour rester sur les territoires actuels, relocaliser les vignes dans des endroits plus frais, ou encore tout déréguler. Évidemment, c’est l’hypothèse de l’innovation qui est privilégiée. Le but est de rechercher du matériel végétal plus adapté pour revenir à des dates de vendanges classiques et ainsi maintenir l’équilibre.

Différentes pistes de solutions

Dans le Bordelais, de nouveaux cépages sont étudiés. Ils proviennent de la région, mais aussi d’autres vignobles français et de pays du sud et sud-est de l’Europe qui seraient compatibles avec les caractéristiques des vins de Bordeaux.

Concernant, le Languedoc, on étudie des cépages grecs et italiens. Ils sont déjà plus tardifs et résistants à la sécheresse que les cépages locaux. Hélas, l’utilisation de cépages déjà existants pourrait ne pas suffire. Du coup, on imagine aussi la création de nouveaux cépages plus résistants à la sécheresse. Cependant, créer ne se fait pas toujours en sept jours et dans ce cas cela nécessite du temps. Il faut une bonne quinzaine d’années, pour obtenir un résultat, dans la mesure où il faut procéder par croisements successifs. Autre levier d’adaptation possible, le choix des porte-greffes (plante sur laquelle on vient greffer le cépage) qui peuvent permettre un enracinement plus en profondeur et une meilleure captation de l’eau.

Et toujours le problème de l’eau

À ce sujet, l’accès à l’eau constitue un autre enjeu majeur pour la survie du vignoble en cas de températures élevées. Les viticulteurs devront certainement dans un futur très proche modifier leurs pratiques concernant la gestion des sols. Cela va de l’analyse précise de leur terroir pour rechercher les zones plus fraîches et au retour de l’enherbement, et même la replantation d’arbres.

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La Rédaction