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AstraZeneca : le vaccin maudit

Dans le monde des vaccins contre le Covid, il n’est pas simplement question d’être pour ou contre. Il y a aussi une concurrence féroce entre les vaccins eux-mêmes pour gagner des parts de marché si l’on peut dire. À ce jeu-là, il y a un vaccin qui a très mal démarré sa campagne et qui accumule les bourdes, il s’agit d’AstraZeneca. Celui-ci a en effet alterné des hauts et surtout des bas. Il a même représenté la quintessence des obsessions des anti-vaccins. 

My name is AstraZeneca

Tout d’abord, une petite présentation s’impose. À la base, il s’appelle Vaxzevria et a été développé en 2020 en partenariat avec l’université d’Oxford. Il utilise une technologie contenant un virus sans danger et atténuée (affaibli) ayant été modifié afin de transmettre des instructions génétiques aux cellules de l’organisme. Il a obtenu son autorisation de mise sur le marché (AMM) en Europe le 29 janvier 2021.

Des débuts prometteurs

À la base, il présente un avantage énorme, il est peu cher par rapport aux 2 premiers vaccins sur le marché. En effet, il est commercialisé à prix coûtant autour de 3,5 euros. On peut rajouter un autre avantage, à savoir une facilité de conservation entre 2 et 8 degrés. C’est donc tout naturellement, qu’il est vite distribué à grande échelle. Le fabricant annonce fièrement trois milliards de doses disponibles en 2021.

La situation se dégrade

A partir de ce départ prometteur, les désillusions s’enchaînent. Tout d’abord, c’est une erreur de méthodologie dans le dosage. Les résultats les plus probants (90 %) ont été constatés sur un groupe de patients ayant reçu par erreur une demi-dose, au lieu de la dose prévue. Face à cela, Oxford a dû annoncer qu’elle reprendrait les essais avec une demi-dose à une plus large échelle. Cependant, le mal est fait. Dans un contexte ou les fakes-news vont plus vite que la réalité, AstraZeneca est rapidement accusé d’être quasiment inefficace sur les patients âgés de plus 65 ans.

Une infox qui s’insinue au plus haut niveau, car elle a été reprise par Emmanuel Macron face à des journalistes. Cela oblige d’ailleurs le chef de l’État à faire un démenti. Entre-temps tout de même certains soignants français pouvant en bénéficier se sont montrés très circonspects pour se faire piquer, alors que le Royaume-Uni continue de plus belle, a vacciner avec AstraZeneca.

Petite éclaircie

Après cette mauvaise série, le ciel se dégage un peu pour le vaccin d’Oxford. Le vaccin s’avère très efficace contre le variant Anglais, source de terribles angoisses chez les médecins. La Haute autorité de santé elle-même souligne la bonne protection de l’AstraZeneca face au variant Anglais”. Pour enfoncer le clou, deux études en population réelle, en Écosse et au Royaume-Uni, ont aussi montré l’excellente performance d’AstraZeneca, y compris chez les personnes âgées, pour prévenir les hospitalisations et les décès.

Avant le retour de la tempête

Seulement, voilà quand ça ne veut pas, ça ne veut pas. Pas le temps de souffler et voilà que l’AstraZeneca doit faire face à quelques “cas inattendus d’événement thromboemboliques et de troubles de la coagulation chez environ 0,0006 % des personnes vaccinées. Pas vraiment inquiétant, mais cela suffit à faire renaître la défiance. En France, c’est le Premier ministre, Jean Castex qui vient en renfort du vaccin. Il se fait vacciner devant les caméras contre le coronavirus avec le vaccin du laboratoire suédois-britannique.

Au bout du compte, le 18 mars, l’Agence européenne du médicament a donné son feu vert à la reprise de la vaccination, jugeant le vaccin AstraZeneca “sûr et efficace”. Finalement donc plus de peur que de véritable mal. Le vaccin s’avère, au bout du compte, fiable et supporte la comparaison avec les autres.

Une mise sur le marché défaillante

Par contre, il reste une grosse ombre à ce tableau déjà sombre. C’est du côté de sa logistique qu’AstraZeneca mérite pleinement sa mauvaise réputation. Le laboratoire n’a pas tenu ses promesses. Il a accumulé les retards de livraison. À ce sujet, Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée à l’Industrie, n’a pas hésite à faire remarquer . “Un contrat non respecté, vous l’attaquez devant le juge”. Elle en a profité pour signaler que le patron du labo était “sur la sellette”.

Crédit photo : Christoffer A.Andersen

 

 

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La Rédaction