L'Echo Poli-tic

Alimentation dans l’UE : un équilibre entre pression écologiste et lobby agricole

Pour la majorité d’entre nous, les instances européennes apparaissent comme un lourd appareil bureaucratique traversée par des courants d’air issues de puissants lobbies, qui font leur loi. C’est à vrai dire un peu vrai, mais pas toujours. Actuellement, les autorités basées à Bruxelles tentent de défendre coûte que coûte une stratégie pour la sécurité alimentaire face, notamment, a une puissante organisation agricole.

Le “Green Deal” européen

Le but de cette grande reforme agricole est multiple. Il s’agit de réduire de moitié l’usage de pesticides. Réduire aussi l’utilisation des engrais de 20 %, de baisser de 50 % les ventes d’antimicrobiens pour les animaux d’élevage. Elle voudrait aussi faire une part plus grande à l’agriculture biologique en la faisant évoluer de 8,5 % en 2019 à un quart des terres cultivées. Enfin, cette stratégie “Green Deal” vise aussi à réduire drastiquement les émissions carbone du secteur. Tous ces objectifs ont été dévoilés dans un vaste plan appelé “De la ferme à la fourchette” en mai 2020 par la Commission européenne. Le 19 octobre 2021, le Parlement européen a adopté un rapport d’initiative favorable.

Des problèmes en points de mire

Mais tout cela ne se fait pas sans embûches ni réticences. Et pour cause, car de nombreuses questions demeurent même si on comprend bien les enjeux écologiques que ces mesures veulent prendre en compte. Elles sont, en effet, favorables à l’environnement. Toutefois, il ne s’agit pas de résoudre un problème en créant un autre. Ainsi, par exemple, une agriculture biologique a grande échelle ayant recours au labour systématique et utilisant des pesticides “naturels” comme le sulfate de cuivre, peut s’avérer tout aussi dangereuse pour les sols.

Les lobbies agricoles en action

Tout cela donne lieu donc a un grand débat qui ne se fait pas uniquement à grand coup d’arguments. La Copa-Cogeca, la fédération des syndicats agricoles européens (Copa-Cogeca) alerte sur la réduction de la production. Elle s’oppose donc à toute tentative de réduire l’utilisation des pesticides et pour cela, elle mène une campagne “intensive” auprès des eurodéputés. Elle est aidée en cela par de nombreux eurodéputés de droite. Le syndicat peut évidemment aussi compter sur des organisations qui représente l’agrochimie comme CropLife. En son sein, on retrouve de puissants groupes comme les géants Bayer, DuPont, Syngenta et bien d’autres. Tout ce joli petit monde demande de leur faire confiance pour trouver des solutions pragmatiques. Il assure par exemple que ses membres investissent massivement dans les biopesticides.

La survie financière des agriculteurs

Ensuite, la grande peur agitée par les tenants de l’agriculture classique, c’est une baisse de production de 10 à 30 %. Cela provoquerait une hausse des prix des produits agricoles européens, et un recours massif aux importations de denrées pas forcément issues d’agriculture biologique. Avec en point de mire, la perte de la sécurité alimentaire de l’Union, une donnée non-négligeable par temps de pandémie.

La pression écologiste

De l’autre côté de la table, on trouve les organisations écologiques et les eurodéputés Verts. Ils font pression pour ne plus reculer ce qui leur semble inexorable. Pour eux, l’Union européenne doit créer les conditions favorables pour cette transition. Elle peut en effet intervenir à plusieurs niveaux de la chaîne de distribution. Par exemple, une taxe carbone aux frontières réduirait les marges de la grande distribution sur les produits agricoles. A ce sujet, le Belge Philippe Lamberts, coprésident du groupe des Verts/ALE explique ” Notre agriculture est un destructeur de biodiversité et une source de carbone, à un moment, il faudra accepter de produire moins “. De son côté, l’eurodéputé vert Benoît Biteau met en garde sur les évaluations fournies par le Copa-Cogeca. Il note qu’elles sont basées sur un fonctionnement classique avec une agriculture conventionnelle, en monoculture. Or justement, des pratiques agro-écologiques comme le mélange de variétés, évite en partie ces baisses de productivité.

Un bon équilibre à trouver

C’est pour cela qu’il faudrait mener d’autres études intégrantes de nouveaux paramètres. La commissaire européenne Stella Kyriakides donne comme exemple a ce sujet les pertes de production en raison du changement climatique et d’une biodiversité dégradée par l’agriculture classique.

Nous l’avons bien compris, cette adoption par le Parlement n’est qu’une péripétie dans un long processus qui doit déboucher sur d’éventuelles lois européennes. Les discussions promettent d’être longues et difficiles car complexes et passionnées. Espérons dont le bon sens et la mesure gardera la primeur sur la pression des différents lobby s. Un bon équilibre entre l’utopie d’un coté et l’avidité de l’autre.

Crédit photo : Erik jan leusink

 

 

A propos de l'auteur

La Rédaction