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Opioïdes : des médicaments plus addictifs qu’alternatifs

Tous les pays cherchent à exporter leur savoir-faire. Ils communiquent largement là-dessus. Par contre, ils sont bien plus discrets quand il s’agit d’exporter des erreurs. Pourtant, c’est ce que fait, entre autres, actuellement les États-Unis avec les opioïdes. Plus précisément, ce sont les entreprises pharmaceutiques américaines, qui ne peuvent plus écouler facilement leurs produits dans leurs pays et qui tentent d’exporter leurs opioïdes dans d’autres pays. Une commission aux régulations de l’Université de Stanford et le journal Lancet alertent l’opinion publique à ce sujet.

Un manque de régulation des médicaments à base d’opioïdes

Il ne faut pas vous étonner si vous trouvez dans votre fil d’actualité internet, un article vantant les bienfaits de médicaments à base d’opioïdes. En fait, il s’agit d’écouler des stocks que des laboratoires ne peuvent pas écouler aux Etats-Unis. En effet, une vague de prescription de ces médicaments a provoqué une nette hausse des addictions aux opioïdes. Cette crise a profité d’un manque de régulation en la matière. De fait, les entreprises pharmaceutiques, ont premièrement minimisé l’aspect addictif de leurs opioïdes. Deuxièmement, elles sont intervenues auprès des médecins pour les inciter financièrement à prescrire ces médicaments.

Des addictions en hausses

Tout cela a multiplié par quatre le nombre de ces prescriptions, causant une addiction chez des millions de Nord-Américains, que ce soit aux États-Unis et au Canada. Pour compléter le tableau, cette hausse des addictions aux opioïdes a ensuite facilité l’explosion du marché noir de fentanyl. Le tout sur fond de pandémie qui n’a pas aidé a calmé le jeu.

Un rapport de la Commission sur les opioïdes de l’Université de Stanford (États-Unis) évoque une crise des opioïdes aux États-Unis, qui a déjà tué plus de 600 000 personnes. Une situation suffisamment grave pour que le gouvernement américain réagit et mette en place une régulation plus stricte.

Un problème pas vraiment nouveau

Cette régulation entraîne évidemment un écoulement plus difficile des produits mis sur le marché par les entreprises pharmaceutiques. En bon commerçant, pas vraiment scrupuleux, ces entreprises pharmaceutiques essayent d’écouler leurs opioïdes ailleurs. Pour cela, elles recherchent d’autres pays, qui ne sont pas trop regardants et ainsi profiter des mêmes failles.

Tout ceci n’est pas vraiment soudain et récent. La crise des opioïdes aux États-Unis remonte aux années 90 avec l’OxyContin C‘est un produit par l’entreprise Purdue, propriété de la famille Sackler. Les dirigeants de Purdue ont été jugés à cause de leurs tactiques frauduleuses pour faire la promotion de l’OxyContin en 2007. La compagnie aussi a été condamnée en 2020. Pas suffisant pour éloigner définitivement la famille Sackler d’un marché très fructueux. Depuis, la famille continue son commerce d’opioïdes sous un nouveau pavillon, celui de l’entreprise Mundipharma. Celle-ci est chargée d’exporter leur produit.

Des signes évidents dans d’autres pays

Pour en revenir a maintenant, et l’internationalisation du problème, le rapport pointe déjà des effets dans plusieurs pays. En effet, la consommation des opioïdes a doublé aux Pays-Bas entre 2007 et 2017. De plus, les décès dus à cela ont triplé. Même constatation en Angleterre, ou l’augmentation de prescriptions a aussi doublé entre 1998. On peut aussi noter qu’en 2016, elle a été multipliée par 4 au Brésil entre 2009 et 2015, et par 15 en Australie entre 1992 et 2012.

Pour finir, selon la commission, une investigation est en cours en Italie. Il semble que des dirigeants de MundiPharma ont donné des pots-de-vin à un médecin pour faire la promotion des opioïdes. Elle procéderait de même pour promouvoir l’OxyContin dans plusieurs pays, comme la Chine et l’Inde ou le Mexique par exemple.

Crédit photo : Volodymyr Hryshchenko

 

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La Rédaction