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Le business des habits recyclés ou le recyclage infernal

Pour nombre d’entre nous, le marché de l’occasion dans le domaine du textile représente une gentille démarche un peu marginale. Tout cela, c’était avant, car maintenant, il pèse 5 milliards d’euros dans le monde. Ce Trafic, qui passe par des particuliers ou par des associations, représente un sacré secteur en expansion. Nous sommes donc dans un business loin des images naïves que l’on a parfois. Si les bénéfices financent des associations ou des coopératives, ils tombent aussi dans la trésorerie d’entreprises privées. De plus, cela ne favorise nullement le recyclage qui représente souvent un coût trop élevé des processus.

Ce n’est pas un hasard si on retrouve actuellement sur le marché de l’occasion des grands noms. En quinze ans, notre consommation vestimentaire a augmenté de 60 %. Des marques comme Camaïeu, Okaidi par exemple, ont lancé des actions qui permettent de vendre ou d’acheter des vêtements de toute marque. Sinon, on trouve la location de vêtements ou de chaussures ou un atelier en magasin pour apprendre à les réparer. Toutes ces marques recueillent donc des tonnes de sacs de vêtements usagés dans leurs boutiques. Ce sont tous ces vêtements qui alimentent un marché de seconde main de portée internationale.

Chez les particuliers, on a tous entendu ce message « Tu ne le portes plus ? » « Vends-le !« . Du coup, 11 millions de Français sont membres de Vinted et 2,8 millions consultent quotidiennement le site. Évidemment, d’autres sites du même style se mettent sur un concept en pleine progression. De même, les magasins de fripes font également le plein de clients, et les vide-greniers et bourses aux vêtements pullulent. Il s’en organise plus de 50 000 chaque année en France. Au bout du compte, 39 % des Français ont acheté au moins un vêtement ou accessoire de seconde main.

Plus classique, la fin de vie d’un vêtement passe souvent par des conteneurs installés sur les trottoirs ou les parkings de supermarché. Contrairement à ce que l’on pense tous, ce sont les vêtements ne vont pas aux plus démunis. Les logos mis en avant et évocateurs comme WWF ne sont là que pour les besoins d’un partenariat financier. Les associations prêtent leur image à un opérateur de tri contre une rémunération. En réalité, les 200 000 tonnes par an collecté dépassent largement les besoins des sans-abris. De nombreux acteurs se partagent le marché des 45 000 bennes et points d’apport volontaire. Parmi eux, on retrouve des piliers de l’économie sociale et solidaire, mais aussi des entreprises privés dont de nombreuses multinationales.

A partir de là, la vie de ces vêtements prend des directions différentes. La Croix-Rouge ou « Le Relais  » qui collectent la grande partie des vêtements, ne garde que 10 à 20 % du stock. Au Relais, 5 à 10 % de la collecte génèrent 30 à 40 % du chiffre d’affaires dans 85 magasins Ding Fring.

Une fois que les meilleurs vêtements ont été remis sur le marché des pays les plus riches, un 2e tri s’effectue en direction d’autres pays. Des collecteurs-trieurs trouvent un débouché hors de nos frontières. D’après Eco TLC, plus de 30 % des vêtements réutilisables partent en Afrique, 14 % en Inde et au Pakistan.

Et pour finir, il y a tout le reste, des textiles trop abîmés pour avoir une seconde vie en l’état. Ils sont convertis en combustibles, découpés en chiffons et effilochés pour devenir du rembourrage, de l’isolant acoustique ou thermique, etc. Seule une infime proportion de vêtements usagés redevient de nouveaux habits en boucle fermée. En effet, c’est pas facile de démanteler des tissus composés d’un mix de matières (coton, polyester, élasthane..). Ce tri est possible techniquement, mais impossible économiquement.

On commence donc a a percevoir de nombreuses zones sombres des failles et des effets pervers dans la partie immergée de l’iceberg ou tout le monde se félicite des bonnes intentions affichés. Premièrement, la qualité des habits s’étiole depuis quinze ans. De nombreux produits ont débarqué à bas coûts, ils ne peuvent pas être réemployés. Ensuite, des vêtements remis en état avant d’être revendus au kilo en Afrique se retrouvent parfois dans les rayons des friperies françaises après avoir transité par l’étranger. Au passage, elles ont pris de la valeur. À ce niveau, la mondialisation de la fripe vient concurrencer les filières du textile locales. Des pays peuvent ainsi retrouver sur leur marché des vêtements qu’ils ont eux-mêmes fabriqué pour d’autres pays. Cela concurrence les nouvelles productions.

Les problèmes se répercutent aussi au bout de la chaîne, concernant le recyclage. Les mélanges de matières rendent les coûts de réutilisation trop élevée au regard d’un produit neuf. On peut dire sans vraiment exagérer que les vêtements à prix modique coûtent peu à l’achat, mais très cher à l’environnement.

Notons enfin que nulle part, il est tout simplement question de revoir nos habitudes de consommation. Pire, cela parfois ne fait qu’augmenter nos appétits. Beaucoup d’utilisateurs achètent des vêtements neufs pour les revendre sur Vinted au bout de trois mois, ce qui leur permet d’acquérir de nouvelles pièces et de rester à la pointe de la mode. Nous sommes donc loin de l’image écolo et décalé que ce marché dégage actuellement. Il apparaît souvent comme un gage de bonne conscience face à notre appétit de toujours avoir plus et plus que les autres.

Rappelons que le meilleur concept pour la planète et donc pour tous, c’est tout simplement de consommer moins et seulement moins et partager plus toujours plus.

Crédit photo : Lucas Hoang

 

 

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La Rédaction