Ça transpire !

Le Red Star, c’est d’abord l’étoile qui brille au milieu de la Seine-Saint-Denis

Les clubs de football, c’est comme bien des choses, cela se vend, cela s’achète, évidemment plus l’affaire est grosse et plus cela fait du bruit. Comme dit le dialoguiste « à partir d’une certaine somme tout le monde écoute ». Fort de ce préambule, logiquement la vente du Red star, club de Saint-Ouen en Seine-Saint-Denis Évoluant en National ne devrait pas faire d’énormes vagues. Cependant, deux particularités viennent contredire notre logique précédente. D’une part, le Red Star tient une place à part dans le paysage footballistique français et pour la gauche politique française. D’autre part, le club vient étonnamment d’être racheté par un fonds de pension américain, 777 Partners.

La naissance du club

Voyons tout d’abord de plus près, l’aile gauche du football qui se range contre le rachat du Red star. Il est vrai qu’avec un nom pareil, on peut imaginer des références très prolétarienne. Pourtant, l’étoile rouge n’a pas de référence avec les Etoiles rouges des clubs de feu le bloc de l’est. C’était en effet soit un symbole de la société communiste avec le Parti (pointe du haut), l’Armée, les Ouvriers, les Paysans et les travailleurs des Services, soit les 5 continents c‘est-à-dire l’unité des travailleurs du monde entier.

Rien de tout cela pour notre modeste Red Star de la banlieue parisienne. On doit sa création à Jules Rimet, qui fut l’initiateur de la Coupe du monde. Il sera aussi dirigeant de la Fédération française de football et de la fédération internationale (la FIFA). Si le club est l’un des plus anciens du pays, Jules Rimet est un catholique social, pas vraiment un communiste. À la base, le club est fondé dans les quartiers chics de la capitale. Mais il déménagera rapidement dans la banlieue nord, en 1909.

Ses relations avec la gauche française

Ce n’est que plus tard que la gauche commencera à s’intéresser à ce club qui n’a comme palmarès que de vieilles victoires en coupe, avant la 2e guerre mondiale. Le rapprochement se fera d’abord dans l’entre-deux-guerres, période pendant laquelle le club se retrouve au centre de ce qui est devenu la banlieue rouge avec une culture ouvrière et populaire. Ensuite, au début des années 2000, les supporteurs arborent l’effigie de Della Negra. Rino. C’est un fils d’immigrés italiens et ancien joueur du club. Il fera partie des Francs-tireurs et partisans-Main-d’œuvre immigrée, les FTP-MOI. En tant que résistants communistes pendant l’Occupation, il sera fusillé au mont Valérien en 1944. Les ultras du Red Star ont baptisé leur tribune du nom du résistant, pour montrer leur attachement à cette tradition ouvrière antifasciste.

Des intervenants très médiatiques

Du coup, l’union sacrée se fait à gauche pour ne pas trop dénaturer cette vision un peu romantique du club. Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon, ancien candidat socialiste à l’élection présidentielle de 2017, le patron du PCF, Fabien Roussel,  Stéphane Peu, député de Seine-Saint-Denis, Marie-George Buffet, ancienne ministre des sports et Olivier Besancenot, du Nouveau Parti anticapitaliste se sont rassemblé dans dans la signature d’une tribune parue dans le monde. Cette tribune a rassemblé aussi des syndicalistes, des associatifs, des anciens joueurs ou encore des journalistes dénonçant le rachat du club né en 1897.

Et les intérêts d’un fonds de pension américains dans tout cela ?

Tous posent la question, mais que diable vient faire un fond basé a Miami dans la galère du championnat national Français. C’est bien simple, la Seine-Saint-Denis est le plus important bassin de recrutement en Europe. Du coup, avoir une implantation est un bon moyen de recruter des jeunes très tôt et donc à meilleur marché. À partir de là, on peut ravitailler des clubs plus prestigieux. 777 Partners est, en effet, propriétaire d’autres clubs comme le Genoa (Italie), le Standard de Liège (Belgique) et le Vasco de Gama (Brésil).

Un club ou une couveuse

Bien sûr, pour un club comme le Red star, le risque est de devenir une simple couveuse pour jeunes pousses locales. Les prétentions et les intérêts premier du club vont passer aux seconds plans. Fini la corde sensible du club populaire et hors normes, symbole de la mixité sociale. Les supporters l’ont bien compris et au-delà de voir les places sérieusement augmentés, ils font tout pour faire capoter ce rachat. De la évidemment le recours a quelques noms connus des médias pour sensibiliser tout le monde. Et puis voir la gauche s’unir, n’est ce pas une vision assez rare de nos jours.

Quelques exemples de belles réussites

C’est un point de vue que semble vouloir comprendre la direction. Paul Ducassou, responsable de la communication, se veut rassurant et explique « Le fonds 777 comprend l’environnement particulier du club. Le modèle dont on rêve, c’est celui de l’OL ou de l’Ajax, où les jeunes intègrent l’équipe première et deviennent des top players, avant de partir dans des clubs prestigieux ».

Alors Le Red star, futur Ajax Amsterdam, c’est tout le mal que l’on peut lui souhaiter. Ce sera un vrai plus pour le football dans la capitale et dans l’hexagone.

Crédit photo : Daniel-Norin

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La Rédaction