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Lacq : encore un peu de gaz, pour plus de gazon

Évidemment, avec ce regain de tension sur l’énergie et notamment les augmentations de tarifs du gaz, il apparaît difficile de ne pas évoquer le gisement de gaz français de Lacq. Ce fut pendant 60 ans le plus grand gisement de gaz naturel exploité en France. Mis en sourdine depuis quelques années, la source s’épuise doucement depuis 2010. Il reste que sa lente extinction, pourtant bien programmé semble s’éterniser. Tout ceci, a la grande déception des associations de protections environnementales. Celles-ci surveillent depuis des années les rejets et émanations des usines de Lacq.

Lacq : fierté énergétique française

Lacq a longtemps fait partie des fiertés misent en avant dans la France des 30 glorieuses. Cette France qui se veut présente sur tous les terrains technologiques. Ce gisement de gaz situé dans le département des Pyrénées-Atlantiques, a été découvert en 1951. Il a contribué a fournir en gaz le pays naturel de 1957 a 2013. Il représentait alors une performance technologique. En effet, il a fallu faire avec la profondeur du gisement. De plus, il a aussi fallu gérer l’importante teneur en sulfure d’hydrogène, un gaz corrosif et toxique. Durant toutes ces années, l’exploitation du gaz de Lacq a été à l’origine d’un grand bassin industriel sur quatre sites.

Qui tient à le rester

Sur ces sites, sont nées les entreprises qui sont devenues Sanofi et Arkema. Petit à petit, ce pôle industriel cherche constamment à se reconvertir et à survivre à l’épuisement des réserves. On y trouve aujourd’hui des activités allant de la chimie fine aux énergies renouvelables.

L’envers du décor

Tout cela, c’est la face publicitaire. Bien sûr, il y a la face cachées, moins reluisante. La pollution atmosphérique a été décelé dès le début de l’exploitation. En effet, les gaz résiduels étaient incinérés et environ 5 % du soufre extrait du gisement se retrouvait donc dans l’atmosphère. Des cultures ont été touchés, et même des personnes ont souffert. Elles ont présentés de multiples maux plus ou moins graves (nausées, conjonctivites, problèmes pulmonaires). Évidemment, l’extension de l’activité ont aggravé les nuisances. S’agissant de l’impact sanitaire, une étude de l’Isped (Institut de Santé Publique, épidémiologie et développement de l’université de Bordeaux) portant sur la période 1968-1998 montre que les moins de 65 ans vivant à proximité immédiate de Lacq présentaient une surmortalité de 14 % par rapport aux populations témoins.

Du gaz et des emplois

On pourrait dire que tout cela, c’était avant. Cependant, si le gaz n’est plus exploité commercialement, il est toujours extrait pour un usage industriel. La société Arkéma exploite du sulfure d’hydrogène (H2S), hautement toxique et corrosif. Pour cela, Lacq a bénéficié d’une dérogation à la loi qui a mis fin, en 2017, à la recherche et l’exploitation des hydrocarbures en France. Il faut dire que l’exploitation représente 7.500 emplois aujourd’hui, soit 24 % de l’emploi local.

Un contexte mondial pas facile

De fait et avec le contexte actuel, des élus comme Patrice Laurent, maire (DVG) de Mourenx et président de la communauté de communes de Lacq-Orthez, milite pour la continuation de l’exploitation de cette poche de gaz. Son discours résonne encore plus fort dans un contexte de crise énergétique mondiale. Il s’agit de continuer à attirer de nouvelles entreprises pour maintenir l’activité locale. Il faut arriver a une transition pour que le site industriel de Lacq puisse redorer son blason avec une image tournée vers les énergies renouvelables.

Les écologistes sur le qui-vive

Ce vœu louable ne convainc pas les associations environnementales. Celles-ci surveillent depuis des années les rejets et émanations des usines de Lacq. Elles restent sceptiques et dénoncent des pratiques douteuses et de la persistance de dégâts écologiques importants. Il s’agit pour elles, de faire venir des entreprises à connotations « vertes » pour faire un paravent écologique devant la persistance de l’exploitation du gaz et de ses dérivés.

 Par exemple, une association a réussi a contraindre Sanofi d’arrêter son site de production en 2018. Des émissions de bromopropane, qui entre dans la composition du valproate de sodium, le principe actif de l’antiépileptique Dépakine, dépassaient très largement les seuils autorisés. Une information judiciaire a été ouverte pour mise en danger d’autrui et délit d’obstacle à agent habilité.

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La Rédaction