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Mixité sociale : dis moi ou tu habites, je saurais combien tu gagnes

On en parle depuis longtemps, c’est l’objet de plans et d’actions en sa faveur et pourtant, le bât blesse dans les grandes villes. Il s’agit de la mixité sociale. Celle-ci est en crise et se détériore dans plus de 30 grandes agglomérations françaises. Les disparités spatiales selon les revenus continuent à maintenir une ségrégation croissante de l’habitat.

Une étude, pas vraiment optimiste

La dernière étude de l’Insee est claire, la séparation spatiale de l’habitat entre riches et pauvres reste forte. À ce propos dans le classement de 50 grandes villes françaises, Lille, Marseille, Rouen ou même Angers figurent parmi les villes les plus socialement disparates. Dans ces villes, les revenus des plus modestes sont plus faibles qu’ailleurs.

Une tendance a la « ghettoïsation de la société.« 

On assiste à une croissance de la spécialisation des différents quartiers des villes. Cela se produit à tous les niveaux de revenus. En effet, il ne s’agit plus de considérer simplement les quartiers « pauvres » et « populaires ». De nombreux quartiers ont tendance à se spécialiser dans tel ou tel type de niveau de revenus. Les spécialistes n’hésitent plus à employer le terme de « ghettoïsation de la société ». On note que les 20 % les plus riches et les 20 % les plus pauvres sont ceux qui vivent « les plus concentrés spatialement ». Au bout du compte, il est de plus en plus rare de vivre dans un quartier socialement mixte.

Les riches avec les riches, les pauvres avec les pauvres

Cependant, cette tendance est aussi le résultat d’un état d’esprit. On ne peut plus simplement évoquer un développement rapide des villes et par conséquent, trop anarchique ou une densité pas assez régulée. Ces résultats sont dus à la mise en place de logiques d’évitement résidentiel des catégories sociales supérieures. De nombreux quartiers en voie de gentrification entretiennent une politique d’éviction des catégories populaires. On assiste au renforcement de « ghettos dorés ». Ceux-ci sont plus homogènes socialement que les quartiers populaires.

Des politiques défaillantes

Se retrouver, cultiver l’entre-soi ne sont pas des concepts vraiment nouveaux. À cela, il faut rajouter d’autres paramètres. Par exemple, une conséquence de la crise du logement depuis une dizaine d’années. D’autres raisons plus locales et structurelles sont avancées. Il s’agit de la recomposition spatiale d’activités industrielles ou la métropolisation. Celle-ci concentre davantage les emplois hautement qualifiés dans les centres des agglomérations.

Pas vraiment de volonté sur le terrain

De plus, les communes ont tendance à construire des logements sociaux dans des quartiers déjà défavorisés, car les autres quartiers ne les veulent pas. Au départ, ils devaient accueillir des populations très diversifiées. Au fur et à mesure, ils ont surtout servi à concentrer des personnes toujours plus défavorisées. De plus, les communes ont tendance à construire des logements sociaux dans des quartiers déjà défavorisés, car les autres quartiers ne les veulent pas.

Loin de l’idéal républicain

Tout cela revient à dire qu’il y a du pain sur la planche s’il on veut véritablement soutenir l’idéal républicain visant à un plus grand brassage des citoyens, pour plus d’égalité et de fraternité. Au-delà des paroles, les actes n’ont pas été assez fort, notamment pour forcer les quartiers riches à produire du logement social.

De terribles conséquences

Espérons que ce type d’enquête donnera des raisons supplémentaires pour mettre en œuvre de réelles et énergiques mesures afin d’enrayer cette tendance. C’est un impératif si on veut concrètement lutter contre les effets pervers d’une trop forte disparité sociale entre quartiers. On peut citer en vrac, des effets terribles sur la scolarisation, une intégration professionnelle et privée défaillante et bien d’autres comme le simple manque aux services publics de base.

La nécessité de la présence de l’Etat

Inutile de rappeler les effets d’un manque flagrant des relations de tout citoyen avec les services et les obligations de l’état. Le manque de mixité sociale se transforme partiellement et inévitablement dans un manque de mixité dans d’autres domaines comme celui de l’immigration et des origines. À ce sujet, notons que la nature a horreur du vide, un manque de présence de l’Etat en tant que responsable du bien-être commun est forcément compensé par d’autres autorités plus ou moins désignés et légitimes.

Crédit photo : Ruben Christen

 

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La Rédaction